(traduction de L'Artiste, publié dans la revue Transart)

Heure creuse, l’Artiste abandonne la mansarde et navigue, l’oe il vif, sur une mer de carrefours.

Le premier jour, il se lève imprégné d’una pensée moderne: "Je conjuguerai le verbe dessiner!" Mais sous une lumière inconsistante il trébuche sur une chaise en paille rafistolée se tenant contre un mur de briques qui s’effrite. Ce qui le défie, ce ne sont pas les yeux mais la peau de ce tigre de Bengale qui y pratique l’équilibre. Le retour chez soi est âpre.

Le deuxième jour, l’Artiste, âme de volonté wagnérienne, aspire à une scénographie qui frapperait de stupeur le voyageur. Sans se rendre compte, il est arrivé au pied du Golgotha. Il contemple sans conviction les trois crucifiés, les pierres fendues, les sépultures ouvertes et l’obscurité qui a envahi toute la terre.

Le troisième jour, le but de l’Artiste est plus ambitieux: brouiller le paysage. Mais il perd son bloc-notes lorsqu’il rencontre le haricot magique. Il se sent minuscule au pied de la tige qui, après avoir grimpé le mur, atteint une telle hauteur qu’elle se perd dans les nuages.

Le quatrième jour, l’Artiste transige; il consacrera les énergies qui ne l’ont pas abandonné au body art. Il ne pensait pas que le vent se lèverait. Lorsqu’il a levé les yeux, il a découvert Saint Sébastien qui, transporté par la tempête, s’est pris au piège entre les créneaux de la tour du château.

Le cinquième jour, l’Artiste quitte son lit, se regarde dans la glace et y retourne, la tête souls l’oreiller: il avait rêvé qu’il était Arthur Cravan.

La sixième jour, les doutes de l’Artiste se dissipent: il repart vers la poulailler avec deux pinceaux, l’un est bleu coupé, l’autre vert berline. Il s’en sépare et le soleil, qui illumine la chaux, semble par reflexion ouvrir son regard à la lumière. En un instant de révélation, l’Artiste entrevoit toute l’oeuvre qu’il créera des années plus tard.

Le septième jour, l’Artiste se sent dieu, et comme un dieu il se repose.